Le Flamboyant
Capesterre-Belle-Eau.


J'ai grandi à Îlet Pérou.
Mon enfance a été rythmée par ces débuts de soirée passés à manger des cassaves, chez Germaine ou chez Hélène, mes grandes cousines paternelles.



Pour se rendre chez Hélène, il y avait une ruelle bien sombre, on se marrait à se raconter des histoires à faire peur.
Je me rappelle aussi qu'on descendait au bord de la rivière. Une allée de flamboyants trônait là aussi. C'était l'agitation, les rires, des danses improvisées entre amis sous la kaz en tôle (près du terrain de foot), au bassin Ti Caca ( drôle de nom, hein, mais les vrais savent). Parfois on passait par une trace pour rejoindre notre coin à nous : le Bassin d'Eau, plus haut Voltige, et l'autre bassin qui m'était interdit, Ti Bouche.
Beaucoup plus jeune, chez ma tante Marie Claire, à Cité des Sources, il y avait aussi des allées entières de flamboyants. Après l'école, j'allais chez elle. Je m'asseyais sous les amandiers, à casser les amandes pays pour les manger. Le temps passait comme ça, sans qu'on le remarque.

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Au collège, le mercredi midi, après les cours, je rentrais chez ma grand-mère paternelle. Sur ce chemin-là aussi, les flamboyants trônaient.
Ce rouge des flamboyants, je le voyais partout. Il n'avait pas besoin d'explication. Il était juste là, chaque saison.
Des années plus tard, en associant le gwosèy péyi et le piment, ce rouge vivant m'a rappelé ces allées. Cette enfance.
Le gwosèy péyi, ce jus sur toutes les tables de notre enfance en fin d'année, arrive en premier, profond, légèrement acidulé. Puis le piment végétarien prend le relais, en douceur, avec toutes ces saveurs qui explosent.
Le Flamboyant n'est pas la recette de l'arbre, c'est un hommage, un souvenir qui revient, à chaque fois que j'ouvre la bouteille.
Djèl Brilé — Le Flamboyant. Ce rouge qui revient.
Dans un verre pétillant, une limonade, un rhum arrangé, Le Flamboyant colore autant qu'il parfume.