MEMOIRE CULINAIRE N°1 -

MEMOIRE CULINAIRE N°1 -

 Lueur de Piment

                                           

Chez nous, les femmes de la famille cuisinaient sans mesure, mais jamais sans intention.

Ma grand-mère paternelle faisait ses doucelettes. Elle râpait la noix de coco à la main, la mélangeait au sucre, sans jamais presser le geste. La cuisine sentait le coco grillé pendant des heures avant qu'on ait le droit d'y goûter.

Et il y avait ces voyages en famille, ma mamie, côté maternel, qui allait voir ses sœurs à Terre-de-Bas, aux Saintes. On montait avec elle. Le bateau, le sel dans l'air, cette odeur d'embruns qui annonçait déjà l'arrivée. Terre-de-Bas, pour moi, ça rimait avec tourments d'amour.

Chaque femme de la famille avait sa manière à elle. Un plat, un voyage, un geste répété qui revenait à chaque fois qu'on se retrouvait. C'est ce fil-là qui nous tenait ensemble.

Mes tantes préparaient leurs confitures, celle de patate douce, qu'on mangeait à la cuillère sans attendre que ça refroidisse. Elles faisaient aussi leur huile de coco, pour la cuisine, mais aussi pour la peau, on s'en badigeonnait après le bain. Le lait de coco qui restait servi à faire le sorbet, tourné vers la main jusqu'à ce qu'il prenne.

Mon beau-père, encore aujourd'hui, prend le temps de faire les choses à la main, comme on l'a toujours fait chez nous.

 

L'huile de coco se faisait comme ça. Un geste répété, sans presser, jusqu'à ce que le parfum remplisse toute la cuisine. C'est ce rythme-là que j'ai gardé.

Et dans chaque plat, il y avait le piment. Pas pour brûler. Pour parler, plutôt pour donner du relief sans jamais forcer.

J'ai grandi avec cette présence. Un éclat qui s'installe doucement, et qui ne quitte plus le palais une fois qu'il est là.

Lueur de Piment vient de là. Ma première création culinaire, celle qui a tout lancé.

Je n'ai copié aucune recette. J'ai gardé ce que les femmes ces m'ont transmis sans le dire. 

Djèl Brilé - Lueur de Piment. Un éclat doux, discret, qui s'installe.


Dans un cocktail, une limonade, un plat du quotidien — Lueur de Piment ne s'impose pas. Il reste.

Là où vous mettriez du sirop d'agave, du miel ou du sirop de canne classique, laissez Lueur de Piment prendre leur place.

Dans un Ti Punch, en filet, pour twister la tradition sans la trahir.

Dans un mojito, à la place du sucre habituel, la menthe et le piment se répondent, c'est une évidence qu'on n'attendait pas.

Dans un latte, à la place du sirop habituel, pour une pause chaude qui a du caractère.

Sur des crêpes ou des gaufres, pour réveiller le sucré d'une pointe qui surprend sans brusquer.

Dans un yaourt nature ou une salade de fruits, quelques gouttes suffisent, pas de brûlure, juste des saveurs qui explosent en bouche.

Dans une vinaigrette, versez une salade de mangue ou d'avocat.

Sur une boule de glace vanille, en filet chaud-froid, pour un dessert simple qui a l'air de sortir d'un grand restaurant.

Partout où vous mettriez du sucre habituel, une seule question à vous poser. Et si on laissait entrer un peu de lumière ?

A lire   Mémoire culinaire n°2- Le Flamboyant 

© Photos Djèl Brilé  - Tous droits réservés.