Lueur de Piment

Chez nous, les femmes de la famille cuisinaient sans mesure, mais jamais sans intention.
Ma grand-mère paternelle faisait ses doucelettes. Elle râpait la noix de coco à la main, la mélangeait au sucre, sans jamais presser le geste. La cuisine sentait le coco grillé pendant des heures avant qu'on ait le droit d'y goûter.
Et il y avait ces voyages en famille, ma mamie, côté maternel, qui allait voir ses sœurs à Terre-de-Bas, aux Saintes. On montait avec elle. Le bateau, le sel dans l'air, cette odeur d'embruns qui annonçait déjà l'arrivée. Terre-de-Bas, pour moi, ça rimait avec tourments d'amour.
Chaque femme de la famille avait sa manière à elle. Un plat, un voyage, un geste répété qui revenait à chaque fois qu'on se retrouvait. C'est ce fil-là qui nous tenait ensemble.
Mes tantes préparaient leurs confitures, celle de patate douce, qu'on mangeait à la cuillère sans attendre que ça refroidisse. Elles faisaient aussi leur huile de coco, pour la cuisine, mais aussi pour la peau, on s'en badigeonnait après le bain. Le lait de coco qui restait servi à faire le sorbet, tourné vers la main jusqu'à ce qu'il prenne.
Mon beau-père, encore aujourd'hui, prend le temps de faire les choses à la main, comme on l'a toujours fait chez nous.


L'huile de coco se faisait comme ça. Un geste répété, sans presser, jusqu'à ce que le parfum remplisse toute la cuisine. C'est ce rythme-là que j'ai gardé.
Et dans chaque plat, il y avait le piment. Pas pour brûler. Pour parler, plutôt pour donner du relief sans jamais forcer.
J'ai grandi avec cette présence. Un éclat qui s'installe doucement, et qui ne quitte plus le palais une fois qu'il est là.

Lueur de Piment vient de là. Ma première création culinaire, celle qui a tout lancé.
Je n'ai copié aucune recette. J'ai gardé ce que les femmes ces m'ont transmis sans le dire.
Djèl Brilé - Lueur de Piment. Un éclat doux, discret, qui s'installe.
Dans un cocktail, une limonade, un plat du quotidien — Lueur de Piment ne s'impose pas. Il reste.
